Tesla

Lorsqu’Hervé Birolini m’a contacté en 2015 pour écrire un texte autour de la figure de Nikola Tesla, il était clair que je n’allais pas écrire un livret, mais bien un ensemble de matières, de tentatives de texte sans ordre ni déroulé fixe. Que l’ordre et le déroulé en question seraient le fruit d’opérations secondaires, d’opérations de montage non de mon fait mais de celui des deux compositeurs, Hervé Birolini et François Donato, de leur relecture et re-composition a posteriori. Je me sentais donc libre de partir dans tous les sens, non guidé par le souci d’élaborer une trame narrative ou un discours cohérent. Je pouvais partir à l’aventure, l’écriture débridée sans plan ni intention préalable.


Je suis parti tout d’abord d’un lexique. Un lexique à choisir, à constituer comme un répertoire de départ. Guidé par mes seules oreilles, j’ai prélevé quelques mots parmi des textes anciens, des traités, des manuels liés à l’invention et au développement de l’électricité. J’ai récolté les mots qui tintaient à mon oreille, passant au travers de leur signification, leur fonction, comme un lexique issu d’une langue étrangère que je n’ai pas cherché à comprendre ni à traduire. Et de ces mots précieux et porteurs d’inconnu, j’ai commencé à faire des phrases.
Au final, les fragments choisis en 2019 par les deux compositeurs pour leur création musicale sont prélevés parmi un ensemble de cinq paniers de phrases, cinq textes pour chacun desquels il m’a fallu définir petit à petit une sorte de règle, une logique d’énonciation (quelle instance narrative ou quelle personne est censée s’exprimer ?), une logique de découpage, de rythme et de vitesse, une couleur de récit ou d’abstraction. Le premier de ces textes-paniers à fournitures a un statut à part car il a pré-existé à cette commande : il s’agit de mon propre projet Mes écoutes (écrit entre 2004 et 2019). Les séquences choisies par les deux compositeurs sont celles y décrivant des situations – dans ma vie au jour le jour ou mes souvenirs – dans lesquelles l’électricité joue un rôle sonore, anecdotique, narratif ou paysager. L’électricité comme puissance factrice de trouble, de dérangement domestique et de poésie involontaire.

